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Esthétique Homme a rencontré une femme transgenre. Voici le questionnaire conduit par EH. 

homme femme transgenre

EH : Vous êtes née homme biologique mais êtes maintenant une femme transgenre, quand avez-vous fait ce choix ?

“Ce n’est pas un choix, c’est une évidence.”

Une vérité qui s’impose à vous. Le choix c’est d’essayer de vivre ou non cette évidence. Ça n’est pas une lubie. On peut essayer de lutter contre cette évidence. Aller contre ce que l’on est vraiment est difficile, ceci explique que changer de genre n’est pas un choix. Je pense en réalité que tout est question d’environnement. La famille et l’entourage peuvent, soit mettre des freins, soit aider. Mais le plus souvent, on est confronté à des freins, si bien qu’on a toujours la peur de ne pas être acceptée, voire d’être repoussée.

EH : L’avez-vous annoncé à votre famille ou s’en est-elle rendue compte ?

Avec le temps, on a une espèce d’injonction à ce qu’on appelle le coming-out. Je ne trouve pas cela normal : devoir se déclarer en tant que… Ça ne devrait pas être une obligation. On le fait pour partager quelque chose, comme si c’était une chose normale. On ne le fait pas pour revendiquer quelque chose. Une personne cisgenre, ne doit pas faire une déclaration à sa famille. Pourquoi devons-nous donc faire une déclaration publique ? On ne demande rien, on veut juste la même chose : les mêmes droits.

EH : Quelle expérience en fait votre entourage ?

Je ne peux que parler de mon cas et moi j’ai choisi de ne rien dire. Depuis l’âge de 5 ou 6 ans, j’avais conscience de quelque chose. La construction sociale et la construction d’une identité se font à partir de ces âges-là. Quand j’étais enfant je n’avais pas le courage d’affronter les choses. On ne peut pas tout comprendre en étant aussi jeune mais le peu que l’on comprend, on le cache. Entre 7 et 10 ans, n’ayant pas accès à l’information, on fait avec des moyens d’enfants : on se cache, on vit de manière honteuse en essayant d’être comme les autres.

EH : A partir de quel âge avez-vous décidé de vivre pleinement votre vie ?

Vers l’âge de 17 ou 18 ans, à l’âge où le corps se transforme, je me suis dit qu’il y avait un vrai problème. Je me suis posée beaucoup de questions. Je me suis informée. « Mais qu’est-ce que je fais ? Est-ce que j’essaye de vivre les choses ou est-ce que je n’ai pas le courage parce que j’ai trop peur de me retrouver à la rue, de perdre mes amis. .. ? »  Quand je voulais enfouir les choses au plus profond de moi-même, ma vie a été très compliquée. Et cela a duré très très longtemps. Il s’est passé 10 ans avant que cela soit insupportable. J’ai donc démarré ma transition sociale à l’âge de 30 ans.

EH : Quelle a été la réaction de votre partenaire ?

Au début, il y a une sorte d’incompréhension. J’ai conservé une relation amoureuse avec la même petite amie. Je vivrai avec ma femme de la façon la plus naturelle possible. Je l’ai connu avant ma transition. Le chemin a été long mais maintenant pour elle c’est clair, c’est net, c’est un fait accompli. Ses interrogations à elle tournent autour de futurs enfants.

EH : Pourquoi pas un homme pour construire une vie de couple ?

Beaucoup de femmes transgenre vont avoir des relations avec des hommes pour être socialement totalement intégrées. Cela n’a pas été mon choix. Qu’est-ce que le sexe biologique ou le genre ? L’humanité est variée et évolutive. C’est trop réducteur de catégoriser les individus entre le mâle et la femelle. La société influence la manière dont nous sommes perçus.

“La norme sociale qui nous est imposée est binaire et ne tient pas compte de la diversité”

Il existe de nombreuses variantes entre mâle et femelle.

EH : Envisagez-vous d’avoir des enfants ?

Nous n’avons pas encore résolu cette question. Je ne veux pas que mes enfants subissent des choses difficiles car nous ne sommes pas un couple dans la norme.

“Les gens se moquent facilement”

Mais je pense qu’il serait possible de les préserver en les protégeant. J’envisage d’avoir des enfants car j’ai réussi à passer le cap, j’ai assez d’énergie, d’envie et d’amour pour cela. Je me sens capable de délivrer des informations leur permettant de prendre du recul sur les agressions du monde extérieur.

EH : Vous a-t-on aidé ?

A la fac, une personne m’a aidé il y a quelques années. Elle m’a mise au pied du mur en me disant que j’avais le sexe biologique d’un homme mais ni le ressenti ni la psyché. Qu’en réalité mon genre ressenti n’est pas celui d’un mâle. Grâce à ça, j’ai pu avancer.

EH : Vous a-t-on rejeté ? Comment vivez-vous le regard des autres ?

Aujourd’hui, cela se passe presque bien. Presque, parce que les personnes ne veulent pas comprendre et font comme si de rien n’était. La réaction du père est différente de celle de la mère. Les mères n’ont pas cet égo hérité de notre société judéo-chrétienne patriarcale. Je vois toujours mes parents mais le sujet n’est pas abordé. La réaction honteuse de mon père me fait mal. Mais je vis pour moi, il faut s’accepter afin de mieux recueillir le regard des autres. Maintenant, je ne culpabilise plus.

EH : Quels sont vos nouveaux amis ?

J’ai des amis qui ont toujours été là pour moi. C’est une chance ! Tous les individus n’ont pas le même comportement. Certains ne comprennent pas et d’autres acceptent totalement la situation est ne se posent plus de question. Les personnes qui m’appellent par mon prénom féminin me font plaisir et tant pis pour les autres, cela ne m’empêche plus de vivre.

EH : Que dire du changement d’état civil ? 

Accéder à un changement d’état civil est très complexe. Tout le monde ne le fait pas car ça n’est pas l’ultime accomplissement. On est entouré de psy et de médecins pour prouver quelque chose. En réalité, la France oblige à la mutilation pour accéder à ce changement (d’où l’avertissement donné à la France en 1992). On est très normé par la société parce que depuis notre enfance on nous dit des choses qui sont « comme ça », mais pourquoi ? Selon quelles règles ?

EH : Etes-vous allé voir le film Laurence Anyways ?

J’ai juste vu des extraits de ce film. Je trouve cela embêtant que des personnes non concernées traitent ce sujet. Ca raconte une histoire dramatique, j’ai mon propre vécu je ne veux pas en rajouter une couche.

Laurence Anyways