Note : la sexualité et la testostérone seront abordées lors du prochain article « Le Docteur vous explique ».
La sexualité chez l'homme vieillissant

 

Habituellement, dans une sexualité normale masculine, quatre phénomènes se succèdent.

Quatre phénomènes en réalité indépendants les uns des autres
qui « passent» par des voies neurologiques complètement différentes :

DESIR (ou libido)ERECTIONPLAISIREJACULATION

On peut supprimer l’un en gardant les autres.

Le DESIR (ou libido) est cependant indispensable à une sexualité.
Ces quatre phénomènes sont organisés dans la partie la plus primitive du cerveau (qui existe chez les animaux les moins élaborés, on parle de cerveau reptilien) située au niveau du tronc cérébral. Cette aire nommée tégmentale ventrale joue aussi  un rôle primordial dans les comportements de récompense.
Les héroïnomanes rapportent des orgasmes lors de la consommation de cocaïne. L’aire tégmentale ventrale apparaît comme une région cible pour l’orgasme et l’héroïnomane, elle « s’allume » au moment de l’orgasme mais s’allume aussi lors de la consommation  d’héroïne ou de cocaïne.
Très peu de différence entre l’activité sexuelle et le plaisir que peut donner la drogue.

Chez l’homme vieillissant, le DESIR sexuel (ou libido) se modifie, mais l’homme ne dira jamais que c’est à cause de l’âge (contrairement à la femme qui reconnaît volontiers que l’âge peut être  responsable de la baisse de son désir sexuel). Lorsque leur sexualité se ralentit, les hommes disent que c’est à cause de leur état de santé : « c’est à cause de mon diabète », « c’est à cause de mon traitement pour la tension » …
L’intérêt pour la sexualité au-delà de  50 ans est différent chez l’homme et chez la femme. Une étude indienne portant sur 60 personnes toutes âgées de plus de 50 ans (30 hommes et 30 femmes)  a montré que parmi les hommes, 13 ,3%  n’ont aucun intérêt pour la sexualité contre 46, 7 % chez les femmes. Il existe donc un réel décalage entre hommes et femmes en ce qui concerne l’intérêt pour la sexualité après 50 ans. Ceci pose un vrai problème aux hommes qui sont plus nombreux qu’elles à s’intéresser au sexe après 50 ans (86,7% versus 53,3%), eux qui, aussi avec l’âge, ont besoin d’être de plus en plus stimulés par leur partenaire (avec les années, les femmes doivent se donner un peu plus de « mal » pour exciter sexuellement  leur homme).
L’évaluation du désir n’est pas facile, car le désir ne se réduit pas à juste «  j’ai envie de l’autre ».

« Le désir de l’homme trouve son sens dans le désir de l’autre ».
J. Lacan

Cela veut dire : vous avez envie de l’autre, mais vous avez d’autant plus envie de l’autre que vous avez ou percevez que l’autre a envie de vous.

« On en vient à aimer son désir et non plus l’objet de son désir. »
F. Nietzsche

Le désir de l’homme vieillissant, ce n’est pas seulement j’ai envie de l’autre, mais c’est aussi, je sens bien que l’autre a aussi envie de moi, et cela augmente mon désir, qui augmente ma libido et par conséquent mon érection.
Par contre, on peut être de temps en temps nostalgique et en venir à plus aimer son désir et non plus l’objet de son désir. Là, l’homme tombe dans un narcissisme qui n’est pas favorable au développement de la relation avec l’autre.
Ce qui est sûr, c’est que le désir sexuel est affecté par l’absence d’activité professionnelle de manière statistiquement significative. L’activité sexuelle  est plus importante chez les actifs comparée à celle des retraités.

L’ERECTION est le phénomène que les hommes considèrent le plus  important.
La qualité de l’érection diminue avec l’âge. Si dans la tranche d’âge des 30-39 ans, 68 % des hommes considèrent qu’ils ont une érection tout à fait satisfaisante, ce n’est le cas que pour 35 % des 60-69 ans. Que ce soit chez les trentenaires ou les sexagénaires et plus, il y a toujours 30% des hommes qui trouvent que ce n’est pas parfait même si « ça marche encore ».
Quand un homme  n’arrive plus à avoir d’érection (plus du tout, ou pas aussi souvent qu’il le souhaiterait) et/ou lorsqu’il n’arrive plus à maintenir une érection pour permettre un rapport sexuel, que peut  lui conseiller le médecin ?
Devant une insuffisance érectile, le médecin doit en  parler avec son patient et il  peut lui proposer :

  • les traitements pharmacologiques : comprimés Cialis® Viagra ® … qui renforcent l’érection devenue insuffisante, et permettent de récupérer une possibilité de pénétration ; injection intra-caverneuse qui nécessite une piqûre.
  • les prothèses : prothèse d’érection gonflable mise en place lors d’une intervention chirurgicale sous anesthésie générale. Excellents résultats en l’absence de complication notamment infectieuse, la complication infectieuse  pouvant être le risque de toute chirurgie. La mise en place chirurgicale d’une prothèse d’érection gonflable qui passe par la destruction des tissus érectiles, est un acte sans retour.

Mais le médecin devra toujours proposer une option thérapeutique en tenant compte du couple.
Le couple, qu’il soit hétéro ou homosexuel, n’est pas quelque chose de simple.
La sexualité se fait à deux.
L’existence ou la persistance du désir doit être évalué au sein du couple.  L’homme peut être marié avec la même femme depuis 30 ou 40 ans. Un autre pourra avoir une nouvelle compagne et  depuis seulement quelques mois avant la découverte de son problème prostatique. Ces deux situations ne sont pas les mêmes !
Les hommes ne savent pas toujours ce qui se passe dans la tête de leur partenaire, compréhensible quand  la compagne est nouvelle  depuis peu de temps. Mais,  l’homme qui vit depuis quarante ans dans une sorte de contrainte à avoir une érection, peut brutalement prendre conscience du fait que c’est complètement indifférent à sa compagne qu’il ait ou non une érection.
Quand le docteur demande à l’épouse :

«C’est grave pour vous si votre mari n’aura plus d’érection après l’opération de la prostate ? »
« Non, ça n’a aucune importance. » répond la femme
L’homme ne croit pas son épouse.
« Vraiment, son érection à lui, ça vous est égal ? » demande le docteur
« Mais non, c’est pour lui que ça compte l’érection. »
Et lui : « Mais c’est pour toi ! »

Les couples vivent ensemble, dorment ensemble, tous les soirs depuis 30 ou 40 ans, et ils ne se parlent plus. Au début, ils en parlaient beaucoup, ils ont cessé d’en parler, le mutisme s’installe au niveau de la sexualité.
Les vrais problèmes de l’insuffisance érectile de l’homme d’âge mûr viennent du fait que cet homme ne sait absolument pas quelle est l’attente de sa partenaire, même s’il sait que sa partenaire a un intérêt pour la sexualité. L’homme  vieillissant ignore les demandes de l’autre sur le plan sexuel.
Parmi les femmes âgées entre 45 et 50 ans, en période péri-ménopausique, 72 % ont encore un intérêt pour la sexualité ; 42 % entre  55 et 65 ans ; 35% au-delà de 65 ans.
Avec la ménopause et le vieillissement, l’intérêt pour la sexualité baisse chez les femmes, et plus chez les femmes de race blanche et jaune que les noires et latino-américaines.

Lorsque l’instinct masculin persiste, lorsque le désir existe encore dans le couple (couple reconstitué ou qui existe depuis de nombreuses années), l’aide médicamenteuse est justifiée. Mais cette aide médicamenteuse est plus difficile lorsque le  couple a vieilli (vieillissement de l’homme, de la femme, du couple).

Après 50-60 ans, le PLAISIR devient le principal but de l’activité sexuelle.
Il y a  une baisse de l’intensité de l’orgasme avec l’âge et avec la maladie, mais cette baisse est réelle, Tous les hommes s’en rendent parfaitement compte. «C’est pas moins bien, c’est moins violent ». L’expression « s’envoyer en l’air » a moins de sens à 50 ans qu’à 20 ans ! Avoir du plaisir est possible même sans érection ni éjaculation.

EJACULATION
Après 50 – 60 ans, on fait moins d’enfant. Le but de l’activité sexuelle est le plaisir qui peut exister sans éjaculation.

Alors vers quelle sexualité pour un couple qui vieillit ?

Lorsque le couple a vieilli, ou quand il n’y a plus d’érection possible (insuffisance érectile acquise  par une maladie : diabète, SEP, athérosclérose, post chirurgie de la prostate), l’homme peut utiliser le désir pour s’approprier une sexualité plus tendre, plus caressante, moins intrusive.
Les femmes aimeraient beaucoup que leur « vieux » mari s’occupe d’elles aussi gentiment qu’il le faisait 40 ans auparavant.
Dans une étude on a  interrogé 38 hommes qui ont subi trois ans auparavant une intervention qui  les a rendus impuissant, à noter que ces 38 hommes étaient  sexuellement actifs en préopératoire.
28 ont  répondu qu’ils ont repris une  « certaine » activité sexuelle (c’est-à-dire rapport sexuel sans pénétration) ; ils ont gardé du plaisir même sans érection, ni éjaculation ; ils ont gardé des possibilités orgasmiques.
75% ont repris une activité sexuelle, et 75 % de ces 75 % ont un orgasme.
En définitive, la moitié des hommes opérés ont repris une activité sexuelle avec du plaisir, ce qui est le but de l’activité sexuelle après 50-60 ans.

Une certaine sexualité plus tendre, plus caressante, moins intrusive,
qui donne du PLAISIR à l’homme et à la femme qui se DESIRENT.